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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 19:11

10 mai 2013

Journée commémorative nationale de l’Esclavage Une étape majeure dans la lutte contre le racisme

En cette « journée nationale commémorative de la traite, de l'esclavage et de leur abolition », le MRAP tient à rappeler la publication, le 2 mai 1848, par Le Moniteur Universel, Journal officiel de la République française, du Décret du 27 avril 1848 - relatif à l'abolition de l'esclavage dans les colonies et les possessions françaises - qui proclamait « que l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; qu'en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; qu'il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité. »

Mais jamais n'ont été reconnues la longue histoire de résistance et de révoltes des esclaves, ni leur création d’une culture et d’une mémoire propres, auxquelles le MRAP tient à rendre solennellement hommage.

Le centenaire du décret d’abolition fut célébré à la Sorbonne, en présence de figures républicaines importantes, comme Gaston Monnerville et Aimé Césaire qui rappelèrent que "le racisme n’est pas mort".

Puis la Loi TAUBIRA du 21 mai 2001 est venue conforter cet édifice en reconnaissant la traite négrière et l'esclavage comme des « crimes contre l'Humanité » : au nom des droits de l'Homme proclamés par la Révolution Française, puis par les Nations Unies dans la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, justice était ainsi rendue aux millions d’ hommes et de femmes, capturés ou achetés en Afrique, dont tant périrent lors des traversées de l’Atlantique par les navires négriers, tandis que les survivants étaient ensuite vendus et exploités dans les territoires ultramarins de la France, notamment dans les champs de canne à sucre de l’Amérique.

La Journée commémorative nationale du 10 mai marque une étape importante du travail qui, des mémoires particulières, construira pour la France une Histoire enfin partagée par tous

Mais la commémoration des luttes, des résistances et des révoltes qui menèrent à l’abolition de l’esclavage, n'a de sens que si elle s'inscrit dans le combat contre le racisme et les discriminations et si elle marque une réelle volonté politique d'une France qui tourne définitivement le dos au passé colonialiste.


Paris, 10 mai 2013

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 19:09

Communiqué de Presse

12 mai 2013 :

Le MRAP présent avec les Harkis devant le Palais de Justice en soutien à leurs demandes au Président de la République

Le Dimanche 12 mai 2013, un collectif, regroupant 53 associations de Harkis (1) en France, appelle à un rassemblement à 10 h 00 devant le Palais de Justice de Paris (M° Cité), haut-lieu symbolique de la Justice en France. Il s’agit pour eux de “commémorer” l’un des évènements les plus sombres de leur histoire, à savoir ce jour du 12 mai 1962 où, comme ils le rappellent, le ministre des armées, Pierre Messmer, envoya un télégramme aux officiers français, leur interdisant de rapatrier « les hommes d’origine algérienne » enrôlés sous le drapeau français pendant la guerre d’Algérie.
Cet “abandon” de la France allait les livrer à la torture et coûter la vie à des milliers d’entre eux.

Par cette démarche, les associations de Harkis entendent rappeler au Président de la République sa promesse qu’ils citent du 5 avril 2012, à savoir « reconnaître publiquement les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des Harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil des familles transférées dans des camps en France ».

Au lendemain du drame du 17 octobre 1961 à Paris, le MRAP, dans son communiqué, déplore « toutes les violences engendrées par la guerre d'Algérie, et auxquelles seules la paix peut mettre fin ; s'incline douloureusement devant ces nouvelles victimes et souligne une fois encore la gravité de la situation. La guerre d'Algérie nourrit le racisme, accumule les ruines et les souffrances, perpétue les méthodes contraires à la démocratie, et, favorisant un climat de pré-fascisme, pèse dangereusement sur l'avenir de notre pays lui-même.»

Le MRAP, dans la fidélité à ses exigences de plus d’un demi-siècle, demande au Président de la République une initiative forte pour la reconnaissance et la réparation des injustices subies par les familles de Harkis et soutiendra leurs revendications le 12 mai devant le Palais de Justice.

Paris, 11 mai 2013

(1) : http://www.harki.net/article.php

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 10:08

8 mai 1945 – 8 mai 2013 - le MRAP rend hommage aux « oubliés de l’histoire »

Le 8 mai 1945 était signée la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie. Les peuples étaient « venus à bout de la bête immonde ».

Le MRAP se doit de rappeler inlassablement, qu’à cette victoire sur le IIIe Reich et le fascisme ont contribué, à côté des alliés –Soviétiques, Américains et Anglais pour la plupart – de nombreux immigrés venus d’Afrique noire et du Maghreb mais aussi de l’Europe toute entière.

Les uns avaient fui l’idéologie fasciste qui avait d’abord triomphé en Italie, puis en Allemagne et en Espagne ; d’autres, colonisés, espéraient que leurs peuples bénéficieraient eux aussi de cette liberté chèrement acquise pour sortir du statut colonial et devenir des citoyens de leur propre patrie.

On ne demandait pas alors aux combattants étrangers de la résistance s’ils mangeaient de la viande hallal ou s’ils avaient des papiers !
Qu’il s’agisse des Algériens, Marocains, Tunisiens, Africains, Antillais, Malgaches, de ceux du groupe Manouchian de la Main d’Œuvre Immigrée (MOI) désignés comme « terroristes » sur l’Affiche rouge, ou encore de ceux, notamment les Républicains espagnols, qui, dans des chars baptisés Guadalajara Ebro, Teruel, Brunete, Madrid – mais également Don Quijote ou Durruti - ont contribué à libérer Paris.

« Pourrions nous accepter que nos cimetières où se mêlent par milliers les croix chrétiennes, les étoiles juives et les croissants de l’Islam, soient ensevelies sous l’oubli et l’ingratitude ? », interrogeait le Général De Gaulle le 23 avril 1968.

Aujourd’hui, après les 5 années de xénophobie d’Etat du gouvernement Sarkozy et une campagne électorale 2012 durant laquelle, une droite - dont les composantes de droite extrême n’ont plus rien de républicaines
- ainsi que le Front National - ont rivalisé dans l’abject, le racisme atteint des proportions particulièrement inquiétantes : 69% des Français estiment qu’il y a trop d’immigrés (+22% par rapport à 2009), le rapport de la CNCDH indique une hausse des menaces et actes racistes de 23%. Des thèses racialistes se développent.

Le MRAP espérait, avec l’élection de François Hollande et une majorité PS à l’Assemblée des changements notoires. Mais hélas, la douloureuse question des sans papiers demeurent inchangée : aujourd’hui un très grand nombre d’ enfants et petits enfants des combattants morts pour la France sont sans papiers, sans droits, sans reconnaissance. Ceux qui ont des papiers se voient toujours refuser le droit à la citoyenneté : le droit de vote aux résidents non communautaires, pourtant promesse du candidat François Hollande semble oublié. Ce n’est pourtant qu’une question de justice d’égalité, de dignité.

Ceux d’entre eux qui sont de nationalité française sont trop souvent victimes du racisme, de la relégation, de la discrimination.

Le MRAP tient également à rappeler que non seulement ces « indigènes » ont été exclus du défilé de la victoire du 8 mai 1945 à Paris, mais que, ce même jour, une répression terrible s’abattait en Algérie, sur la région de Sétif, parce qu’un drapeau algérien, symbole de l’indépendance, était brandi au cours d’un défilé célébrant la victoire.
Il y eut alors des milliers de morts. Ces massacres préfiguraient ceux de dizaines de milliers de manifestants perpétrés à Madagascar par l’armée française face aux insurgés Malgaches qui avaient attaqué un camp militaire

En ce 8 mai 2013, le MRAP tient à rendre hommage à tous ces combattants venus d’ailleurs, « à ces étrangers et nos frères pourtant », qui ont lutté pour que la devise Liberté, Égalité, Fraternité ne soit pas un vain mot. Et quel meilleur hommage que de continuer leur lutte pour une société plus juste d’où le racisme aura enfin disparu, où le « vivre ensemble » l’emportera sur toutes les peurs et les haines.

Paris, 8 Mai 2013

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 23:18

La Centrale UGTG

Jédi 2 Mé Nou douvan tribinal Lapwen pou di : TÈS ADN AWA !

Ce Jeudi 02 Mai 2013, Jocelyn LEBORGNE, Secrétaire Général de l’UEC-UGTG (Union des Employés du Commerce) est convoqué devant le Tribunal Correctionnel de Pointe-à-Pitre pour avoir refusé de se soumettre à un prélèvement ADN. Une fois de plus, il s’agit de criminaliser l’action syndicale en faisant passer les syndicalistes pou malfétè alors qu’ils se battent pour préserver leurs acquis de luttes notamment les congés payés, la retraite, la protection sociale, les conventions collectives, la dignité, le respect, un salaire décent, les libertés fondamentales et singulièrement le droit syndical.

L’Etat français considère les travailleurs et leurs organisations comme un véritable danger, de nature à remettre en cause leur politique anti sociale. Aussi, il a inventé une nouvelle arme : le prélèvement ADN sur les militants syndicaux. Le F.N.A.E.G (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) était destiné, à l’origine, à l’identification des auteurs de crimes et délits sexuels commis sur des mineurs de moins de 15 ans. Yo pafè ni yonn ni dé, ils l’appliquent désormais aux syndicalistes.

NON, NON, SENDIKALIS PA KRIMINEL !

José NAEJUS et Charly LENDO, Dirigeants de l’UGTG ont déjà été condamnés à 1000 euros d’amende pour avoir refusé de se soumettre à un prélèvement ADN alors qu’ils ont été relaxés pour les faits pour lesquels ils avaient été convoqués (Hôtel Fort Royal). Denis DORVILIUS, Dirigeant de l’UGTG, a écopé de la même sentence.

L’UGTG dénonce cette loi liberticide et déclare son refus de tout prélèvement ADN. L’objectif est de classifier les militants syndicaux comme criminels et de protéger les pwofitan (élus et patrons) car les délits d’abus de confiance, abus d’autorité publique, banqueroute ou favoritisme, abus de biens sociaux, corruption ou trafic d’influence sont exclus de tout fichage ADN.

A terme, il s’agit de mettre en place un fichage généralisé de l’ensemble de la société, au mépris des principes de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

NOU PA TCHOUYÉ, NOU PA VOLÉ, NOU PA VIYOLÉ PON MOUN SENDIKALIS PA KRIMINÈL !

TOUS DEVANT LE TRIBUNAL DE POINTE-A-PITRE POUR DIRE :

Pa Mannyé LEBORGNE, Pa MannyéSENDIKALIS !!!

TÉS ADN AWA – SENDIKALIS PA KRIMINÈL

NON AU MÉPRIS – NON A LA RÉPRESSION

RASSEMBLEMENT JEUDI 02 MAI 2013

A 14 h DEVANT LE TRIBUNAL DE POINTE-A-PITRE

UGTG, lapwent 22.03.2013

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 23:05
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 23:00
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 22:57
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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 22:55

Patrick Chamoiseau : « La radicalité est nécessaire »

L’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau juge un an de présidence Hollande, depuis son approche poétique de la politique, depuis son exigence de radicalité et depuis les Antilles, aussi éloignées de Paris que proches du « Tout-Monde ». Pour lui, « changer radicalement nos systèmes de représentations » constitue une exigence nécessaire mais « qui ne correspond plus aux temps politiques nationaux et aux petites conquêtes cycliques du pouvoir ».

Peu avant le 6 mai 2012, vous aviez expliqué qu’il était « indispensable que, d’une manière ou d’une autre, la gauche arrive au pouvoir. Pour des raisons de salubrité publique ». Comment jugez-vous, un an après, cette arrivée de la gauche aux commandes ?

Changer radicalement nos systèmes de représentations, et donc, notre imaginaire du monde, changer d'échelle, aller à des refondations, sont une exigence qui ne correspond plus aux temps politiques nationaux et aux petites conquêtes cycliques du pouvoir.

Il faut relire ce roman d'Asimov, Fondation, dans lequel pour trouver l'alternative, ou des alternatives, à l'Empire, se crée une petit cercle d'effervescence de l'imaginaire. Ce petit cercle va tout changer. La présence de la gauche en France nous fait sortir de l'indécence d'un gouvernement aux ordres des hystéries de l'Empire, mais elle n'est pas le lieu des solutions…

Où est ce lieu ?

Il est nulle part et partout, il est individuel et collectif, il est territorial et non territorial, il est dans une refondation totale de nos systèmes de représentations, et dans le sens que nous accordons aux choses fondamentales. Cette mutation est déjà en cours un peu partout, mais elle est invisible pour nos vieux systèmes de représentations, nous ne voyons que les ruines et les décombres se préciser autour de nous, mais l'horizon, l'en dehors, l'inconnu, l'inconcevable, nous brûle encore l'esprit.. Le lieu est dans cette brûlure.

Dans la façon d’arrêter de mettre en avant « l’identité nationale » ou de stigmatiser des « civilisations qui ne se valent pas toutes », selon les mots de Claude Guéant, y a-t-il pour vous une rupture concrète avec le quinquennat Sarkozy ?

Bien sûr. Nous avons quitté le monstrueux et le bizarre.

Vous aviez également dit être « très sensible au discours de Mélenchon ». « Il a le discours qui me paraît le plus acceptable, le plus revitalisant, le plus chargé de futur. Il me semble en effet qu’il nous faut de la radicalité », avez-vous dit. Est-ce toujours le cas, au moment où Mélenchon appelle à manifester le 5 mai prochain, en disant « du balai ! » et en réclamant une 6e République ?

La radicalité est nécessaire, même si elle peut sembler absurde en certains aspects. Glissant appelait cela l'écart déterminant. J'aime beaucoup l'idée d'une 6e République car elle oblige à considérer les fondements et le sens. Allons-y, cette 6e République devra reconsidérer ses rapports aux peuples dits Dom-Tom, et faire exploser cette absurdité selon laquelle l'unité ne peut se concevoir que dans l'indivisibilité !

Cette crise du sens, à laquelle nous accule le capitalisme viral, est faite d'urgences au jour le jour (ruines, décombres et indécences), mais elle est surtout faite des foudres qui invoquent un futur. Traitons les urgences comme on peut, mais répondons aux foudres : que les Français ouvrent la Constituante d'une autre République dans un autre monde. C'est évident. M. Hollande devrait saisir cette opportunité, et toute la gauche française avec. Ce sera une manière de dire que personne n'a la solution, et qu'il nous faut la rechercher ensemble dans un vaste chantier.

Dans une « Note à François Hollande » publiée en septembre dernier sur votre blog de Mediapart, vous écriviez que « dans un mélange d’excès, de dérives, d’abjections, d’égoïsmes, de folies prédatrices, un obscur charroi de convergences globales, le capitalisme installe une alerte économique et sociale permanente, qui nous enlève toute possibilité d’envisager une quelconque alternative à son emprise totalitaire. En gérant le chaos de ses urgences, ses faits et ses méfaits, on l’alimente, on le renforce, on s’acclimate au déshumain qu’il nous impose ». Pensez-vous encore que la gauche socialiste puisse rompre avec ce capitalisme prédateur ?

La refondation est individuelle et collective, interne et externe, territoriale et déterritorialisée, politique et non politique… Elle doit être totale sans être totalitaire… Ce n'est pas le problème de la gauche, ou des socialistes, c'est le problème de tous les humains de cette planète. Et cela doit se faire avec des outils conceptuels nouveaux, des ruades prodigieuses de l'esprit, et donc par une poétique. La pratique du pouvoir est précieuse car elle fera tomber quelques vieilles illusions et représentations obsolètes, les socialistes seront acculés au poétique. Cela va tous nous faire grandir.

Et croyez-vous la gauche au pouvoir encore capable de « penser, rêver, tenter, créer, agir, faire et défaire », pour continuer avec vos mots ?

Oui, car elle a des fondements qui relèvent de l'Humain. Quand il y a de l'Humain il y a de l'espoir. C'est pourquoi le capitalisme viral est sans espoir.

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 22:44

Une inégale lutte contre les inégalités

Pendant sa campagne électorale, François Hollande en avait fait un de ses thèmes centraux : « la bataille de l’égalité ». De plateaux en estrades, il ne cessait de promouvoir « la lutte contre les inégalités ». Inégalités territoriales, inégalités dans l’accès aux soins, à l’emploi. Inégalités face à l'impôt. Inégalités dues à l’origine sociale, culturelle. Inégalités fondées sur des discriminations « liées à l’âge, à la couleur, à l’orientation sexuelle »

Depuis un an, Mediapart suit pas à pas ces batailles. Certaines ont été engagées (mariage pour tous, égalité hommes-femmes), d’autres semblent abandonnées (réforme fiscale, contrôles au faciès, droit de vote des étrangers aux élections locales). À l’avenir, d’autres chantiers s’ouvriront, que nous n’aurons de cesse d’expertiser.

En attendant, un an après l’élection de François Hollande, nous avons voulu dresser un premier bilan, en nous référant à ses engagements. Même si, à l’évidence, la « bataille de l’égalité » ne peut que se situer dans un champ bien plus large pour la gauche, nous avons identifié 15 promesses, sur les 60 faites par le candidat, qui portent directement sur cette thématique. En voici l’état des lieux.

Proposition 14 : « La contribution de chacun sera rendue plus équitable par une grande réforme permettant la fusion à terme de l'impôt sur le revenu et de la CSG. »

C’est l’un des reniements les plus spectaculaires de François Hollande puisque cette proposition visait à engager une véritable « révolution fiscale ». S’inspirant du projet défendu par l’économiste Thomas Piketty, le projet visait à corriger l’une des plus graves inégalités du système fiscal français au terme duquel l’impôt sur le revenu, truffé d’abattements, d’exonérations et de niches en tous genres, est devenu un véritable gruyère. Et pire, au lieu d’être progressif, l’impôt sur le revenu est en réalité dégressif pour les contribuables les plus fortunés. La promesse du candidat socialiste visait donc à revenir aux valeurs fondatrices de la République, et notamment à l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme, qui édicte que l’impôt doit être réparti « entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés » : autrement dit, plus on est riche, plus on doit payer.

Or, cette fameuse fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG, qui devait être le pivot de cette Nuit du 4-Août, pour recréer un véritable impôt citoyen et progressif, a tout simplement été enterrée. Lors de sa déclaration de politique générale, début juillet 2012, Jean-Marc Ayrault n’en a pas même fait mention. Pis que cela ! Non seulement le gouvernement socialiste a oublié sa promesse de remettre de la progressivité dans le système fiscal français, mais de surcroît, pour financer le « choc de compétitivité », il a choisi d’en accroître le caractère dégressif en majorant la TVA, impôt proportionnel sur la consommation; qui pèse donc relativement plus sur les ménages modestes que sur les plus riches.

En résumé, François Hollande n’a pas honoré sa promesse de mettre de la justice dans le système fiscal français. Il a, au contraire, fait strictement l’inverse : il en a accentué les inégalités.

Proposition 15 : « Je ferai contribuer les plus fortunés des Français à l’effort national en créant une tranche supplémentaire de 45 % pour les revenus supérieurs à 150 000 euros par part. En outre, nul ne pourra plus tirer avantage des « niches fiscales » au-delà d’une somme de 10 000 euros de diminution d’impôt par an. »

Cette promesse s’articulait avec la précédente. À l’origine, François Hollande avait donc promis une « révolution fiscale », prenant la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et la CSG. Puis, dans le feu de la campagne, il a envoyé des signes successifs suggérant qu’il ne mettrait pas tout de suite en œuvre cette fusion. Le premier signe a donc été cette nouvelle promesse, inscrite dans son programme, d’un relèvement de 41 % à 45 % du taux marginal de l’impôt sur le revenu (non fusionné). Puis, il a encore créé la surprise en annonçant en février 2012 une nouvelle mesure ne figurant pas dans ces 60 engagements de campagne : la création (provisoire) d’une taxe de 75 % pour les revenus dépassant 1 million d’euros. Ce qui est venu confirmer que la fusion n’était vraiment plus une priorité.

Mais pour finir, mal conçue, cette taxe à 75 % a été censurée par le Conseil constitutionnel. Et le gouvernement a radicalement changé son fusil d’épaule, en maintenant cette taxe mais en la mettant à la charge des entreprises. Ce qui n’a donc contribué en rien à rendre l’impôt sur le revenu plus progressif.

En fin de compte, la seule mesure mise en œuvre par les socialistes est donc le taux à 45 %. Et encore, le gouvernement y a procédé en traînant des pieds parce qu’il n’a pas honoré la promesse complémentaire qui y était associée : l’abaissement généralisé à 10 000 euros du plafond pour les niches fiscales. Car pour les niches fiscales qui profitent aux plus hauts revenus, notamment pour les DOM-TOM et les Sofica (cinéma), la baisse du plafond à 10 000 euros a été écartée et l’ancien plafond, près de deux fois supérieur, a été maintenu.

Proposition 16 : « Je maintiendrai toutes les ressources nécessaires à la politique familiale (...) »

Là encore, cet engagement a été renié par le gouvernement. Dans la foulée d’un rapport du Haut conseil de la famille, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé récemment que les allocations familiales pourraient être abaissées pour environ 15 % des familles, celles qui disposent des revenus les plus élevés. C’est donc un coup de canif dans l’engagement du candidat Hollande, qui avait été confirmé et détaillé devant les principales associations familiales. Mais au-delà du non-respect de la parole donnée, il y a aussi, dans la foulée, un tabou qui du même coup est remis en cause. Car jusqu’à présent, les allocations familiales étaient régies par deux grands principes qui étaient au fondement du modèle social français : les principes de l’égalité et de l’universalité. En clair, tous les citoyens percevaient les mêmes prestations, et c’est sur le système fiscal que reposait la fonction de correction des inégalités et de redistribution. Or, le paradoxe de la politique socialiste est qu’au moment même où le gouvernement suspend la « révolution fiscale » promise, il argue de souci d’équité, en se préparant à diminuer les allocations familiales. Par ricochet, la réforme engagée soulève de nombreuses autres questions : si ces principes d’égalité et d’universalité sont remis en cause dans le cas des allocations familiales, ce précédent sera-t-il suivi d’autres tentatives dans des secteurs voisins ? Par exemple, l’assurance maladie ? Débat majeur, car il pourrait ouvrir la voie aux assureurs privés à des secteurs qui jusque-là leur échappaient…

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 22:40

Hollande: pourquoi ça ne marche pas

Pas de bougies pour le 6 mai. Un an pile après l'élection de François Hollande à l'Élysée, le deuxième président socialiste de la Cinquième République, les ministres ont été convoqués à une réunion de travail à l'Élysée. Le chef de l'État les a incités à « maîtriser le temps » en attendant que les « réformes » de structure engagées « change(nt) le visage de la France, profondément » « Il revient au gouvernement de maîtriser ce temps, a dit Hollande à ses ministres. Ce n’est pas le retenir, c’est au contraire l’accélérer. Ce n’est pas simplement de défendre un bilan, c’est être à l’offensive. Un an, c’est court mais quatre ans ce n’est pas long. »

Le cœur n'est pas à la fête : une impopularité au plus haut, un gouvernement accusé d'organiser l'austérité, une économie au bord de la récession, un millier de chômeurs de plus chaque jour.


Face à cette réalité sociale déprimante, le gouvernement offre fréquemment le spectacle de sa division, donne l'impression de se hâter avec lenteur alors qu'il détient tous les leviers de l'État. Et, plus grave, de ne pas savoir où il va. « Il reste quatre ans, on va faire quoi ? » entend-on dans les ministères. L'affaire Cahuzac et son blast déflagratoire a achevé de donner à ce pouvoir qui commence juste des allures de fin de règne.

« Ne soyez pas si pressés. » « Les médias et les Français, vous devez vous sevrer du rythme sarkozyste ! » En août 2012, sous le soleil de La Rochelle, les socialistes réunis pour leur première université d’été post-victoire réclamaient un peu de temps. Ils en convenaient : le rodage avait été compliqué, le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault avait déçu, le mois de juillet au Parlement n'avait pas été très actif. L’été avait été marqué par les expulsions de camps de Roms, drôle de signal trois mois à peine après la victoire de la gauche. Promis : on allait passer à une autre phase. Apaiser le climat du pays, travailler au « changement » promis.

On attend encore. « Couacs », « cacophonie », « manque d'autorité », écrivent souvent les journalistes. Des raccourcis médiatiques pour décrire les vraies fragilités du pouvoir hollandais. Comment expliquer ce sentiment que rien ne se passe, alors que les ministères travaillent et que le Parlement a voté 35 lois depuis juillet (hors conventions internationales) ? Comment expliquer ce sentiment que le gouvernement n'a pas de cap ? « Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup », disait Martine Aubry au sujet de François Hollande pendant la primaire socialiste. Le loup est encore là. François Hollande se définit comme un social-démocrate mais semble surtout mener les réformes au fil de l'eau, entre mesures pro-patrons et quelques symboles sociaux. Le chef de parti qu'il reste se garde bien de préciser sa ligne.

« On n’est plus dans la même logique que Nicolas Sarkozy, évidemment, note Pascal Durand, le secrétaire national EELV, qui a deux ministres au gouvernement. Mais où sont les réformes structurelles pour un changement réel d’orientation ? Je ne les vois pas. Et qu’est-ce qui empêche de faire ? »

À tous les étages du pouvoir, ce genre d'interrogations est récurrente. Nous avons donc tenté de comprendre « ce qui empêche de faire ». En dressant, pouvoir par pouvoir, une sorte de cartographie d'un pouvoir socialiste qui dysfonctionne. Tentative de décryptage d’une année où Hollande a (presque) tout raté.

Majoritaire ?

« Je ne suis plus président socialiste, je suis un chef d'État français. » La mise au point date d'il y a quelques semaines, sur France 2. Elle a déprimé bien des parlementaires, mais résume l'état d'esprit du chef de l'État. François Hollande se voulait le président de compromis et de l'apaisement post-Sarkozy.

Son goût de la synthèse (éprouvé par dix ans de gestion des courants du PS) a été renforcé par les conditions de son élection. « Le rapport de force nous est défavorable, théorise François Rebsamen, le président du groupe PS au Sénat, proche de Hollande. Il nous est défavorable en Europe. La victoire à la présidentielle était limite-limite. Et immédiatement derrière il y a la crise qui continue, la séparation de la gauche avec une gauche protestataire qui n'est pas au gouvernement et ne le soutient pas. Il faut faire avec cela. Dans ces conditions, il n'est pas interdit d'être habile. Il faut contourner : pas se renier, mais savoir reculer. »

Quitte à ne plus parler à son propre camp lorsque François Hollande donne le sentiment de tendre vers les options économiques d'un François Bayrou. Ou quand il reçoit à l'Élysée les opposants au mariage pour tous, quitte à légitimer leur protestation.

Alors que sa gauche parle d'audace, de courage, et de « renverser la table » en France et en Europe, François Hollande est persuadé que la victoire du 6 mai 1012 repose davantage sur l’antisarkozysme que sur une revanche idéologique sur la droite (lire notre analyse lors du congrès du PS). Et que la bataille culturelle est difficile à mener dans une France qui se replie sur soi et se droitise. Le chef de l'État est ainsi bien plus soucieux des zones périurbaines et des territoires grignotés par le Front national, et ses accents se veulent très républicains.

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